Prière de ne pas déranger

Résumé

Simon Hench, grand éditeur britannique des années 1970, avait depuis longtemps chéri l’instant où il pourrait enfin écouter le vinyle qu’il vient d’acquérir. Mais c’était sans compter sur l’intervention de nombreuses personnes qui viennent lui réclamer des services ou lui reprocher des choses. Il parvient à se débarrasser de ces importuns avec la plus grande politesse… et la plus formidable hypocrisie. Et au fur et à mesure de la pièce, on ne peut s’empêcher de se demander : qui oppresse qui ?

Les jeux sur le langage et le travail sur les personnages font de cette pièce l’un des chefs d’œuvre méconnus du théâtre anglais.

Les personnages

Simon Hench (Loïc Cocheteux)

 Simon Hench approche de la quarantaine et il est heureux ! Une femme ravissante qu’il aime comme au premier jour, des affaires qui marchent, des amis présents… et surtout, il a reçu le vinyle de Parsifal, opéra grandiose de Richard Wagner. Ce disque, il s’apprête à en savourer chaque note et chaque variation… Il le fera. Juste après avoir écouté les malheurs et les déboires de son frère Stephen, son ami Jeff et quelques autres individus dont il ignore tout jusqu’au nom. Car si Simon Hench est bien entouré, il l’est peut-être un peu trop aujourd’hui, lui qui voulait quelques heures de tranquillité… Son envie de calme et son impatience auront-elles raison de son flegme et de son savoir-vivre britanniques ?

Stephen Hench (Nicolas Aubert)

Stephen Hench n’est autre que le grand frère de Simon. Et cependant, il s’est toujours senti en position d’infériorité par rapport son cadet. Tout ce qu’il réussit dans la vie, c’est le fait de la rater, toute victoire est un échec ; et pourtant il s’efforce de voir le bon côté des choses. Il est assez pitoyable, en fait, ce Stephen, mais au moins il fait partie de ces gens qui ne méritent pas leur malheur.

Isabelle Hench (Elodie Verschaeve)

Isabelle est une femme malheureuse dans son couple. A cause d’une sorte de dégoût du style de vie de son mari, elle a décidé de s’écarter du droit chemin en cachette pour se trouver un nouveau souffle de vie, une nouvelle « motivation ». Pourtant, elle ne souhaite pas modifier ce train de vie qui convient tellement à Simon, son mari (et qui l’arrange elle aussi, quelque part). Mais devant un nouveau problème, elle va devoir faire un choix.

Jeff Golding (Tony Cerezo)

Jeff Golding, homme de lettres et critique talentueux, n’en est pas moins raciste, homophobe et profondément misogyne. Convaincu que sa culture et son éducation le placent bien au-dessus du lot, il porte un regard sur la vie d’un égocentrisme qui n’a d’égal que son amour pour le bon scotch, qu’il n’hésite d’ailleurs pas à « siroter » sans retenue. Pourtant, sous ses airs de macho misogyne, n’est-il pas finalement une victime des femmes ?

Davina Saunders (Charlotte Leclercq)

Davina Saunders est une jeune femme jolie, charmante, intelligente, manipulatrice. Elle effectue des recherches et a fait des découvertes. Elle souhaite les publier. Ça tombe à pic, elle connait Jeff, qui a pour ami Simon Hench, éditeur de son métier. Davina est quelqu’un de déterminé et elle est consciente de ses atouts… Jusqu’où sera-t-elle prête à aller pour obtenir la publication de ses découvertes ?

Dave (Marc Lamaison)

Dave est un jeune étudiant qui loue l’étage de la maison de M. Hench, réaménagé en appartement. Dave a une fâcheuse tendance à profiter de l’apparente bonté et générosité de son propriétaire. Se servir dans la cuisine, emprunter de l’argent, reporter le paiement du loyer, font partie de ses activités quotidiennes, sans qu’il n’en ressente le moindre sentiment de culpabilité.

Bernard Dubois (Sébastien Rager)

Parmi les diplômés de Wundale, il y a ceux qui ont réussi à se faire une place de choix dans l’univers culturel du Londres des années 1970… et il y a Bernard Dubois, ou plutôt Strapley, irrémédiable représentant de la tribu des losers depuis ses plus jeunes années et sujet d’éternelles moqueries depuis les années lycée. Hélas la vie est un éternel recommencement, a fortiori lorsque l’on a la lose chevillée au corps. Ainsi ce brave Dubois verra sa compagne le quitter à la moindre occasion pour l’un des rivaux de sa jeunesse, qui fera peu de cas de son désespoir. La lose et le désespoir, un cocktail on ne peut plus amer qui n’inaugure guère d’une issue des plus réjouissantes…

Le mot du metteur en scène

Quand il a écrit Prière de ne pas déranger en 1975, Simon Gray s’est appliqué à la construire de façon très méthodique. Le personnage principal, Simon Hench, qui paraît extrêmement sympathique et conciliant dès le début de la pièce, subit une transformation pour, à terme, se montrer d’une infinie cruauté envers son frère Stephen et sa femme Isabelle. J’ai essayé de retranscrire cette évolution en gardant une des caractéristiques les plus habiles du texte original : ce n’est pas le comportement de Simon qui change (à vrai dire, il parvient à garder son flegme presque constamment), mais ce sont les révélations progressives qui font que le public finit par le voir comme un rustre. J’ai donc pris le parti de conserver cette sérénité bien connue outre-manche, et par conséquent il fallait garder ce contexte londonien. Il en découle une scénographie globalement réaliste qui représente un salon britannique des années 1970 ; mais j’ai réservé à la mise en scène sa petite touche de folie, en insérant au milieu de la pièce un tableau supplémentaire destiné à renforcer l’atmosphère drôlement oppressante qui entoure le protagoniste central. La contribution, la docilité et la qualité de jeu des comédiens des Enfants de la Chimère ont donné à Prière de ne pas déranger l’éclat de dynamisme et la subtilité des personnages que je recherchais en la lisant.

Vianney Delespaux

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La pièce originale Otherwise Engaged (littéralement, occupé à faire autre chose) n’a probablement été traduite qu’une seule fois (par Matthieu Galey, sous le titre Simon le bienheureux) et jouée au Théâtre du Gymnase à Paris de 1976 à 1978, notamment avec Pierre Mondy. Aucune traduction n’a donné lieu à une publication officielle, et elle n’a certainement jamais été jouée depuis en français. Comme je voulais ardemment ressusciter cette pièce, je me suis adonné personnellement à sa traduction et son adaptation.
Concernant le titre, afin de pouvoir conserver l’aspect inconvénient de toute visite, mon choix s’est porté vers le titre moins littéral Prière de ne pas déranger.
Bien que la plupart des noms des personnages aient été conservés, il était nécessaire d’en modifier quelques uns, dont une prononciation francisée aurait été maladroite. Ainsi, Beth est devenue Isabelle et Wood a simplement été traduit par Dubois.
L’œuvre de Simon Gray est britannique à bien des niveaux. Outre la langue elle-même et le contexte spatio-temporel de l’histoire (qui se déroule à Londres dans les années 1970), il m’a fallu adapter quelques références et prendre en compte le caractère flegmatique bien connu des Anglais. Beaucoup de jeux de mots et, de façon plus générale, de jeux sur le langage pour marquer les différences sociales et culturelles ont rendu la traduction de cette pièce à la fois complexe et très intéressante. J’espère que le plaisir que j’ai pris à la traduire sera partagé avec le public.